Lever du rideau
Le lendemain, émoi dans les chaumières : il neige. Il ne fait pas très froid mais il tombe des flocons. Je m'installe dans l'entrée du refuge et j'observe les Français et les Italiens qui s'habillent comme s'ils devaient affronter les froids polaires. Certains parlent d'abandonner. Il faut dire que nous marchons depuis maintenant quatre jours et qu'il y a eu seulement une journée de soleil.
Après un bon petit déjeuner, nous payons notre dû avec des lires. Il faut s'habituer un peu aux montants énormes. Le refuge pour deux avec les consommations et les repas nous coûtent 128 000 L, soit environ 100 $. Puis nous partons, à peu près en même temps que tout le monde.
Le sentier passe dans le fond d'un lac asséché, le Lac de Combal, puis on a un choix à faire. On peut gagner Courmayeur par le fond de la vallée de la Doire, ou monter sur le mur de la vallée et emprunter un sentier en balcon, ce qui est le parcours officiel du tour. Rendu à l'intersection, les marcheurs qui nous précédaient hésitent. Il neige et la route du fond de la vallée est invitante. Mais nous avons un doute. Ce chemin nous mènera à Courmayeur pour l'heure du déjeuner et s'il fait soleil, nous serons bien tristes. Puis le sentier officiel ne monte pas très haut, et il ne fait pas si mauvais après tout. Alors Sylvie et moi décidons de monter. Nous nous élevons rapidement de 300 m, suivis par quelques braves. Nous voyons les autres au fond de la vallée, mais pas pour longtemps car nous entrons dans le nuage.
Nous peinons pour traverser un torrent qui a emporté une partie du sentier avec lui dans sa course folle pour rejoindre la Doire. Nous cherchons un passage et nous ne nous apercevons pas tout de suite qu'il ne neige plus. Bientôt il fait trop chaud pour conserver nos coupe-vent. Puis nous arrivons aux Chalets de l'Arp Vieille supérieur, entouré de pentes abruptes. Nous sommes rejoins par nos mais français du chalet de Balme.
J'ai bien vu en montant un rayon de soleil. Mais je garde ça pour moi. Je crains que l'on me dise que je rêve. Et subitement c'est le grand spectacle. J'entend " regardez " et je me retourne juste à temps pour voir le nuage se déchirer devant nous. Le Mont-Blanc est là, énorme, juste en face de nous. C'est lui qui forme l'autre mur de la vallée et elle nous semble si étroite que nous avons l'impression d'être à un jet de pierre de l'immense glacier du Miage et de sa spectaculaire moraine. Que c'est beau!
![]() Le Mont Blanc sort des nuages |
![]() Aiguille Noire de Penterey |
![]() La vallée du Véni et la vallée du Ferret |
![]() La moraine du Glacier du Miage |
Nous descendons doucement vers Courmayeur, les yeux fixés sur ce paysage de rêve, étirant le plus possible ces quelques kilomètres de beau temps. Nous trouvons une confortable petite chambre dans cette petite ville où nous prévoyons passer une journée de repos. De toute façon, la météo n'annonce pas du très beau temps alors...